12. Les nouveaux enjeux ESG en entreprise :
Le tournant de la directive CSRD
Publié par Stéphanie Pugpinos
Le 30 janvier 2025

L’Union européenne renforce son ambition en matière de Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) avec l’entrée en vigueur de la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). Les entreprises concernées doivent désormais intégrer pleinement les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) dans leurs stratégies. Cette réglementation marque une évolution majeure dans la manière dont les organisations doivent mesurer et communiquer leur impact sociétal. Nous décryptons ici les nouvelles obligations, leurs implications et les opportunités qu’elles offrent.
La CSRD : Un cadre renforcé pour la transparence ESG
Un périmètre élargi
La CSRD, adoptée en 2023, est mise en place progressivement avec des premiers reporting en janvier 2025. Elle remplace la directive NFRD (Non-Financial Reporting Directive) et s’applique désormais à un spectre beaucoup plus large. En effet, sont concernées :
- Les grandes entreprises européennes remplissant au moins deux des trois critères suivants : plus de 250 employés, un chiffre d’affaires supérieur à 40 millions d’euros ou un total bilan excédant 20 millions d’euros.
- Les entreprises cotées, y compris certaines PME soumises à des exigences allégées.
- Les multinationales non européennes réalisant plus de 150 millions d’euros de chiffre d’affaires dans l’Union européenne.
Ainsi, environ 50 000 entreprises seront désormais concernées d’ici 2027, contre seulement 11 700 auparavant.
Des exigences renforcées
Les obligations de reporting ESG sont désormais plus strictes et standardisées :
- Des rapports extra-financiers détaillés, alignés sur les normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards).
- Une vérification obligatoire par des auditeurs externes.
- Une évaluation à court, moyen et long terme de l’impact des entreprises sur la durabilité.

Les critères ESG : de nouveaux indicateurs clés de performance
Longtemps considérés comme secondaires, les critères ESG servent désormais de boussole pour évaluer la durabilité des entreprises. Ils ne se limitent plus à des indicateurs annexes, mais deviennent des axes stratégiques centraux.
Les critères sociaux, le facteur différenciant
Le pilier social prend une place croissante dans l’analyse des performances des entreprises. Selon PwC, 91 % des investisseurs jugent essentielles les politiques sur les conditions de travail, la diversité et l’inclusion. De plus, d’après une étude réalisée par OpinionWay en décembre 2024 auprès d’une centaine d’ETI, « les conditions de travail et le bien-être des collaborateurs » sont identifiés comme l’enjeu ESG prioritaire dans leur stratégie actuelle, mentionné par 79 % des répondants.
Si la CSRD ne mentionne pas directement les baromètres sociaux et enquêtes sur la qualité de vie au travail (QVT), ces outils fournissent des données quantifiables permettant aux entreprises de répondre aux attentes des parties prenantes et des auditeurs.
Ils sont essentiels pour :
- Mesurer la perception des salariés sur leur environnement de travail.
- Identifier les risques psychosociaux et les zones de progrès (satisfaction, équilibre vie pro/perso, inclusion).
- Fournir des données objectives pour justifier et adapter les engagements RSE.
Les résultats de ces études doivent être consolidés dans des rapports standardisés alignés sur les normes ESRS. Le lancement d’enquêtes régulières aide à démontrer, de manière crédible, les efforts et les progrès réalisés dans le cadre des objectifs sociaux.
L’environnement, une 2ème priorité
Selon une enquête de PwC, 80 % des investisseurs estiment que la réduction des émissions de CO₂ est un critère déterminant. En parallèle, les ETI identifient cet ESG comme une 2ème priorité (74% de citation). La CSRD impose aux entreprises de rendre compte de leur gestion des ressources naturelles, de la biodiversité et de leur empreinte écologique.
La gouvernance sous surveillance
Enfin, le pilier Gouvernance devient un 3ème critère clé pour les investisseurs et les régulateurs, mais aussi pour les directions d’ETI. L’accent est mis sur :
- La transparence des décisions
- La lutte contre la corruption
- Une meilleure gestion des parties prenantes et des risques ESG

Les conséquences : un défi et une opportunité pour les entreprises
Une transformation structurelle
Les nouvelles obligations imposent des transformations profondes dans les structures et les processus des entreprises. La collecte, l’analyse et la publication des données ESG nécessitent des investissements technologiques significatifs, ainsi qu’une montée en compétence des équipes. Les directions doivent désormais intégrer la durabilité dans tous les niveaux décisionnels.
Une opportunité stratégique
Au-delà des contraintes, la CSRD offre aux entreprises engagées un levier stratégique :
- Une meilleure attractivité pour les investisseurs qui privilégient les sociétés transparentes sur leur impact ESG.
- Une opportunité d’attirer et fidéliser des talents, en particulier les jeunes générations sensibles aux engagements sociétaux.
- Une anticipation des risques climatiques, sociaux et réglementaires, limitant l’exposition aux sanctions et aux critiques publiques.

Les collaborateurs, acteurs clés du changement
Vers une nouvelle culture d’entreprise
Les entreprises ne peuvent plus se limiter à un reporting passif sur leur RSE. Les collaborateurs jouent un rôle central dans l’atteinte des objectifs ESG, en particulier dans la dimension sociale. Ils sont non seulement affectés par les changements structurels, mais également impliqués dans la mise en œuvre des actions ESG. Cela passe par :
- La formation aux enjeux de durabilité.
- La participation à des initiatives internes, comme la réduction des déchets ou le bénévolat d’entreprise.
- La valorisation des actions internes (inclusion, diversité)
Des attentes renforcées des salariés
Les collaborateurs attendent désormais des entreprises un engagement authentique en faveur du développement durable. Celles qui peinent à se conformer risquent de perdre en crédibilité et attractivité, notamment auprès des jeunes générations.
Conclusion : nouveau cap pour la RSE, porteur d’opportunités
Alors que des discussions sur un possible report de la mise en œuvre de la CSRD et une simplification des réglementations RSE sont en cours en ce début 2025, l’orientation reste claire : la responsabilité sociétale des entreprises ne sera plus une simple option, mais un enjeu stratégique et réglementaire incontournable.
Les PME cotées doivent dès à présent s’y préparer. À ce jour, leur mise en conformité est prévue pour 2027, avec une première publication en 2028. Quant aux PME non cotées, bien qu’elles ne soient pas directement concernées, elles devront souvent fournir des données ESG à leurs clients et partenaires grands comptes soumis à la directive.
Si cette nouvelle réglementation représente un défi de taille, elle constitue aussi une opportunité stratégique pour les entreprises. En intégrant dès maintenant les critères ESG dans leur fonctionnement, elles renforcent leur compétitivité, leur attractivité et leur résilience face aux évolutions du marché. Les collaborateurs, quant à eux, jouent un rôle clé dans cette transition, devenant les acteurs de la transformation vers une économie plus durable et responsable.
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